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A l’occasion du Colloque “Cent Cinquante ans après l’Origine des espèces: du darwinisme de Darwin à l’évolutionnisme contemporain”, organisé du 10 au 12 juin par la chaire de biologie historique et évolutionnisme du Collège de France, j’ai eu l’occasion de m’exprimer à nouveau sur le sujet au moins autant médiatique que scientifique de la perspective du clonage du mammouth.

La conférence ayant été filmée, je joins ci-dessous la vidéo qui en a été tirée, également disponible directement sur le site du Collège de France.

Vous trouverez reproduit ci-dessous le résumé de la conférence que j’y ai animée avec Véronique Barriel le 12 juin 2009.

En 2004, à l’occasion de l’exposition ”Au Temps des Mammouths” présentée à la Grande Galerie de l’Evolution, paléontologues et biologistes moléculaires du Muséum national d’Histoire naturelle offraient en chœur une réponse négative à la question : ”Peut-on faire revivre le mammouth ?”. Pourtant, cinq ans plus tard, l’hebdomadaire New Scientist a présenté sous le titre ”Ten extinct beasts that could walk the Earth again”, les images de 10 animaux que la science pourrait bientôt ressusciter. Parmi les 10 bêtes listées, on trouve non seulement le mammouth laineux (Mammuthus primigenius), mais aussi l’homme de Néandertal (Homo neanderthalensis). Comment en est-on arrivé là ? Info ou intox ?
On peut toujours exclure le clonage ”au sens strict” d’espèces disparues : l’état avancé de dégradation post-mortem du matériel génétique et cellulaire semble irréversible. Néanmoins, les développements de la biologie moléculaire nous offrent aujourd’hui d’autres perspectives de résurrection fondées sur les progrès fulgurants dans le domaine du séquençage des génomes. Tandis que les premiers fragments d’ADN mitochondrial de mammouths laineux furent publiés dans Nature dès 1990, il a fallu attendre 1997 pour en connaître autant de notre plus proche cousin, l’homme de Néandertal, dont la région hypervariable HVR1 de l’ADN mitochondrial  du spécimen type de Feildhofer (1856) fut publiée dans la prestigieuse revue Cell. Si dans de nombreux laboratoires du monde entier on a vu dès lors fleurir des séquences d’ADN ancien de quelques dizaines de nucléotides, les progrès sont restés lents et le travail fastidieux : il a fallu attendre 2006 (pour le mammouth) et 2008 (pour Néandertal) avant de parvenir au séquençage complet de leur génome mitochondrial, ce petit génome circulaire d’origine bactérienne d’environ 16,000 nucléotides, cible privilégiée car présent en un nombre de copies cellulaires bien supérieur à celui de l’ADN nucléaire.
Avec ces séquences s’est imposé un constat flagrant : le séquençage de génomes nucléaires d’espèces éteintes par le couple classique PCR ciblée/clonage est vouée à l’échec, leurs 3 à 4 milliards nucléotides offrant un puzzle impossible à reconstruire ainsi. La révolution méthodologique est venue avec l’avènement de la méthode dite ”454″ de séquençage à la volée de banques d’ADN, parfaitement adaptée aux spécificités de l’ADN ancien, et qui permet de démultiplier les données génomiques tout en minimisant le coût, la main-d’œuvre et le temps nécessaires. Nous voilà à l’aube de l’achèvement de puzzles moléculaires de millions de pièces plus complexes que le séquençage du génome humain, et encore hors de portée il y a cinq ans.
En fait, dans le cas du mammouth comme de Néandertal, nous entrons déjà dans l’ère post-génomique des comparaisons fonctionnelles qui nous permettront, à terme, d’accéder à des informations biologiques qui ne se sont pas fossilisées : langage articulé, couleur des poils et des cheveux, adaptations métaboliques au froid glaciaire (etc) n’en sont que les prémices.
Quant à faire revivre ces organismes, c’est un pas qui a déjà été franchi pour des génomes viraux et bactériens ; nul doute que ce même pas sera franchi bientôt pour des génomes structurellement plus complexes comme celui du mammouth ou de Néandertal. Il est donc grand temps de nous interroger sur les implications éthiques de ces “progrès” dans la réalisation des rêves naguère chimériques de la biologie moderne.

“Le progrès c’est l’histoire des impossibilités réalisées”: le clonage du mammouth et de néandertal est-il en cours? de Régis & Véronique Barriel
In Programme et Résumés du Colloque “Cent cinquante après l’Origine des espèces: du darwinisme de Darwin à l’évolutionnisme contemporain”, page 35.

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