“Le Point” hits the mammoth resurrection

Check out the article by Frédéric Lewino for the weekly French magazine “Le Point” where I’ve been commenting about the future resurrection of the mammoth as announced by a japanese team.

C’est l’émouvante histoire d’un vieil homme qui rêve de chuchoter à l’oreille d’un mammouth. Depuis plus de quinze ans, Akira Iritani, 81 ans, professeur de génétique à l’université de Kinki, au Japon, poursuit la même obsession : faire revenir d’entre les morts le mammouth laineux. Régulièrement, le chercheur annonce être sur le point de concrétiser son rêve. En janvier, il déclarait encore au Daily Telegraph : “Il existe une chance raisonnable qu’un mammouth en bonne santé puisse renaître d’ici cinq à six ans.” Et ce pionnier des fécondations in vitro d’évoquer un “Jurassic Park” où gambaderaient ces pachydermes velus en compagnie, pourquoi pas, d’autres espèces ressuscitées.

Autrefois, il envisageait de dénicher des testicules congelés de mammouth afin d’en extraire du sperme encore suffisamment actif pour féconder un ovule d’éléphante ! Echec. Depuis la naissance de la brebis Dolly, en 1996, il reporte tous ses espoirs sur le clonage. Ses trois premières tentatives se sont soldées par un échec. Mais il persiste. Sa méthode consiste à prélever une cellule sur un mammouth congelé dans le permafrost sibérien, à en extraire le noyau porteur des chromosomes pour le glisser dans un oeuf d’éléphante débarrassé de son propre noyau. Dernière opération : déposer cet oeuf reconditionné génétiquement dans l’utérus d’une éléphante pour une gestation de six cents jours.”Après la naissance du mammouth, nous étudierons son écologie et ses gènes pour tenter de comprendre pourquoi l’espèce a disparu”, a confié Iritani au quotidien japonais Yomiuri Shimbun.

Mais, avant de crier victoire, le biologiste devra surmonter deux obstacles de taille. D’abord trouver une cellule de mammouth à l’ADN intact après un séjour de plusieurs millénaires dans le permafrost, ensuite obtenir que l’ovule “mammouthisé” se développe normalement dans un utérus d’éléphante. Pour tous les spécialistes interrogés par Le Point, il est impossible de dénicher des chromosomes intacts de mammouth laineux. Après plusieurs millénaires de congélation, l’ADN devient une bouillie irrécupérable pour n’importe quel clonage.”Je connais les projets d’Iritani, ils sont totalement irréalistes”, confirme Régis Debruyne, paléogénéticien au Muséum national d’histoire naturelle de Paris (MNHN), qui a passé ces dernières années à étudier l’ADN des mammouths. Confirmation du professeur Michael Hofreiter, généticien à l’université de New York : “Je ne pense pas qu’il soit jamais possible d’utiliser des cellules congelées d’espèces éteintes pour en faire des clones et les ramener à la vie.”

Pas de quoi décourager Iritani, qui se réfère aux travaux d’un confrère japonais, Teruhiko Wakayama, qui, en 2008, a fait naître une souris clonée en utilisant des noyaux d’une souris congelée depuis seize ans !”Une congélation menée dans un laboratoire n’a rien à voir avec celle d’un mammouth prisonnier du permafrost ! proteste Debruyne.Dans la nature, la congélation n’est jamais immédiate et suffisamment froide. L’ADN se dégrade donc rapidement après la mort. Les plus longs brins d’ADN de mammouth que j’ai trouvés possédaient tout au plus quelques centaines de bases, alors qu’un chromosome entier en contient plusieurs dizaines de millions !”

Deuxième défi : utiliser comme mère porteuse une femelle appartenant à une autre espèce, même voisine. Cette fois, l’obstacle n’est pas infranchissable. Des chercheurs du MNHN et de l’Inra ont ainsi confié à l’utérus d’une biche élaphe l’embryon d’un faon sika. Cela a fonctionné. Alors, pourquoi pas l’éléphante comme mère porteuse d’un mammouth ?

Mutations. Quoi qu’il en soit, la probabilité qu’Iritani puisse un jour dorloter un mammouthon issu d’un clonage est quasi nulle. A moins de faire appel à une autre méthode. Celle préconisée par les chercheurs de l’université de Pennsylvanie, qui ont été les premiers à publier le génome quasi complet du mammouth. Ce dernier étant très proche de celui de l’éléphant, il serait envisageable de le transformer en génome de mammouth, en provoquant quelques dizaines, voire quelques centaines, de mutations.

Reste à prouver l’intérêt du retour d’une espèce éteinte voilà au moins cinq mille ans. Ne vaudrait-il pas mieux consacrer les millions d’euros nécessaires à la préservation des espèces en voie de disparition ? Par ailleurs, quelle bêtise de croire qu’une espèce se résume à son ADN ! Et la culture, alors ? Surtout chez les pachydermes, où la mère consacre des années à l’éducation de son éléphanteau. Bref, un mammouth surgi du néant n’aurait pas grand-chose à nous apprendre. Jamais Akira Iritani ne murmurera à l’oreille d’un mammouth, à moins que ce ne soit à celle d’un cadavre congelé dans le permafrost…

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